Archives départementales de la Savoie
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A. ROUGET ; A. VACHEZ.

Monuments historiques de France publiés par départements : SAVOIE. Lyon, [1895], 56 planches, 24,5 x 31,5 cm.

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1.      AIX (Arc de Campanus). - Comme partout où ils trouvèrent des eaux thermales, les Romains firent de la ville d'Aix un séjour de luxe et de plaisir. Sous leur domination cette ville posséda ainsi des thermes, un théâtre, des temples et des arcs de triomphe. De ces divers monuments, le mieux conservé est l'Arc de Campanus, qui occupe le centre d'une place, en face de l’établissement des bains. Cet arc de triomphe, où l'ordre toscan se mêle à l'ordre ionique, mesure 10 mètres de hauteur et 7 de largeur. Il fut érigé par le consul Lucius Pompeius Campanus, qui paraît avoir contribué, dans une large mesure, à l'embellissement de la ville d'Aix. Sur l'attique et l'architrave, sont gravées plusieurs inscriptions, formant autant de dédicaces, qui nous ont conservé les noms de douze membres de la famille du fondateur de ce monument.
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2.      LA BATIE. - Appelée au XIIIe siècle la Bâtie d'Arvey, devint « Bastida de Seysselo » sous l'illustre maison de Seyssel, qui l'occupa pendant 4 siècles consécutifs, et y accomplit, aux XIVe et XVe, les travaux de valeur que l'on retrouve aujourd'hui. C'était un fief important, dont la rente était considérable, et auquel était attaché un juge ordinaire et un juge des appellations. Devenu, au milieu du XVIIe siècle, la propriété de la famille d'Oncieu qui le possède de nos jours, il fut érigé en marquisat par lettres patentes du 25 mars 1699, en faveur de François d'Oncieu, seigneur de Douvres, baron de Saint-Denis en Bugey, président en la Chambre des comptes de Savoie, pour lui et ses descendants. Le vieux manoir féodal, un des mieux conservés que l'on trouve aujourd'hui, a gardé un aspect imposant et de curieux spécimens d'architecture militaire. Tours à créneaux et machicoulis, vieux remparts, bastions divers, meurtrières dont les embrasures affectent toutes les formes usitées, portes avec passage de herse, vestiges de chemin de ronde... Sa chapelle, armée d'archères encore ouvertes, est pavée d'une mosaïque très curieuse, découverte dans la villa romaine de Mérande près de Montmélian, et transportée à la Bâtie avec deux autres également du IVe siècle, qui ornent des pièces du château.
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3.      LE BETTONNET. - Il y eut jadis une famille du Bettonnet. Jean du Bettonnet fit hommage pour le fief de ce nom, en 1323. On trouve que le lieu du Bettonnet, fut inféodé, au siècle suivant, à la famille de Seyssel, ensuite d'une vente que lui avait consentie Amédée VIII, duc de Savoie. Au XVIIe siècle, Louise de la Chambre-Seyssel institua pour son héritier Thomas de Savoie, premier prince de Carignan. Des princes de Carignan, le Bettonnet passait à la famille Chapel de Rochefort, qui le revendait en 1715 à son Exc. Pierre Mellarède, ministre de Victor-Amédée II pour les affaires intérieures. Le château et le fief, érigés en comté en 1717 en faveur de M. de Mellarède, parvinrent en 1780, après la mort de ses deux fils, à sa fille, qui les laissa à son troisième mari, le baron de Gilly. L'héritage de ce dernier dut passer à la famille du Puy de Saint-Vincent et ensuite à la famille de Sallemard. La fille du marquis de Sallemard, Mme la marquise Pallavicini, a vendu en 1881 le château du Bettonnet à M. le vicomte Benoît de Boigne, qui en est aujourd'hui propriétaire. Ce château est situé sur une colline, qui domine la riante vallée du Gellon ; on y voit encore un beau portrait de l'école italienne, qui perpétue les traits du ministre de Victor-Amédée II.
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4.      BOURDEAU. - Il résulte d'un hommage prêté en 1263 que le fief de Bourdeau appartenait à la famille de Seyssel. Dans le même temps, on trouve une famille du nom de Bourdeau, qui possédait probablement la seigneurie en arrière-fief, et qui subsistait encore au XVIIIe siècle. Quoi qu'il en soit, le château de Bourdeau, carré de murailles garnies de créneaux avec un toit en terrasse et des tourelles en encorbellement aux quatre angles, a parfois passé pour remonter au IXe siècle. Les Seyssel, d'Aix, qui le possédaient déjà en 1330, le conservèrent jusqu'à Jeanne de Seyssel, mariée en 1570 à Louis de Livron. Le petit-fils de ces derniers, un autre Louis de Livron, le légua à sa mort, arrivée en 1671, au Collège des PP. Jésuites de Chambéry, qui le vendirent le 7 juillet 1688 à Philibert Sallier de la Tour, ambassadeur, puis ministre d'État du duc de Savoie. La Révolution française enleva Bourdeau aux la Tour ; aussi fut-il vendu par la Nation, le 3 avril 1800, à M. J.-B. Viviand, de Chambéry ; un échange le faisait passer, en 1810, à M. Antoine Métral, avocat. Ses héritiers s'en défirent, le 2 octobre 1850, en faveur de M. Louis Girod qui mourut premier président de la cour impériale de Chambéry. Les héritiers de ce dernier le vendirent, il y a environ dix-huit ans, à M. Gigot, ancien joaillier à Saint-Pétersbourg, lequel le possède encore.
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5.      LE BOURGET (Château). - Le château du Bourget, dont les tours massives et les solides remparts dominent les arbres verdoyants, que en masquent l'aspect général, est bâti sur un plan rectangulaire, flanqué aux angles de quatre tours carrées. Commencé, en 1248, par le prince Thomas, frère du comte Amédée IV, il fut achevé complètement par le comte Amédée V. Ce ne fut d'abord qu'un simple rendez-vous de chasse; mais il ne tarda guère à devenir la résidence préférée des princes de la Maison de Savoie. Les habitants du pays lui donnent ordinairement le nom de château du Prince Vert, en souvenir du comte Amédée VI, qui l'embellit somptueusement et en fit sa résidence de prédilection. C'est là, en effet, que furent célébrées, avec une grande magnificence, les fêtes du mariage de ce prince avec Bonne de Bourbon. C'est là aussi qu'étaient reçus les souverains, les ambassadeurs et les grands personnages. Et il en fut ainsi jusqu'au jour où les comtes de Savoie abandonnèrent le château du Bourget, qu'ils érigèrent en baronnie en faveur des maisons de Seyssel, de Nemours et de Berliet de Chiloup. Après avoir été possédé ensuite par les d'Arvillard, ce château appartient à la famille de Buttet.
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6.      LE BOURGET (Église). - Le prieuré du Bourget, qui portait, à l'origine, le nom de Maltacène, fut fondé, vers l'année 1030, par le comte Humbert aux Blanches Mains, qui en fit don, avec plusieurs terres, à Odilon, abbé de Cluny. Ce prieuré, d'abord situé sur la colline de Saint-jean, fut reconstruit, au milieu du XVe siècle, par le prieur Odon de Luyrieux, au centre même du village du Bourget, dont il prit alors le nom. On se servit, dans cette reconstruction, des matériaux de l'ancien monastère et de l'église primitive, et c'est ainsi que l'église actuelle appartient au style ogival primaire. Au milieu de la nef, on remarque la pierre tombale de ce prieur, qui mourut en 1482. On remarque aussi sur les murs de l'église les écussons armoriés de plusieurs autres prieurs; mais on admire surtout ses vitraux qui proviennent de la chapelle du château du Prince, Vert. Le prieuré du Bourget fut réuni, en 1583, au collège des Jésuites de Chambéry. Lors de la suppression de cet ordre en 1773, ce prieuré et ses domaines furent remis aux Frères Mineurs, auxquels ils furent enlevés bientôt par la Révolution qui chassa les religieux et confisqua leurs propriétés.
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7.      CLOITRE-DU-BOURGET. - Ce cloître faisait partie d'un prieuré dépendant de l'ordre de Cluny, fondé vers le milieu du XIe siècle. Il fut entièrement reconstruit au XVe par Odon de Luyrieux, prieur ; aussi voit-on partout représentées ses armoiries (d'or au chevron de sable). Le premier étage de ce cloître est, par son architecture, évidemment antérieur au rez-de-chaussée. La gracieuse arcade que forme ce cloître, et qui servait de communication à l'église, est décorée de colonnes antiques en marbres de différentes couleurs, et d'une porte magnifiquement sculptée. Au premier étage existe une petite chapelle dont la fenêtre grillée donne dans l'intérieur de l'église (ancienne servitude). Cette petite chapelle ainsi que le cloître sont la propriété de M. Péclet, gendre de M. Bonne, auquel on doit la conservation de ce précieux monument
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8.      BUISSON-ROND. - A Buisson-Rond existait déjà une maison-forte en 1377 et en 1413, dates où elle appartenait aux nobles Grange, de Chambéry. Ensuite, on y trouve la famille de Luyrieux, de Bugey. Un mariage porta Buisson-Rond dans la famille de Marcossey et, au XVIe siècle, ce fut par un achat qu'il devint la propriété du grand chancelier de Savoie, Louis Milliet, baron de Faverges. Un petit-fils du grand chancelier, Mgr François-Amédée Milliet de Challes, archevêque de Tarentaise (1658-1703), fit bâtir la maison de Buisson-Rond, telle qu'on la voyait encore il y a quarante ans. Pendant la Révolution française, le domaine de Buisson-Rond, confisqué sur le marquis Milliet d'Arvillars, fut vendu par la Nation à un sieur Caselli ; mais, lorsque le général comte de Boigne en fit plus tard l'acquisition du docteur Bernard, le nouvel acquéreur tint à compter, par un sentiment de rare délicatesse, une somme de vingt mille livres aux trois enfants du feu marquis. C'est M. le comte Ernest de Boigne, ancien député, propriétaire actuel de Buisson-Rond, qui a fait, en 1865, reconstruire en entier cette demeure sur l'emplacement de la maison créée par l'archevêque de Tarentaise et dans les mêmes proportions. On y remarque un escalier monumental et une grande salle à l'italienne, ornée de tapisseries, de peintures à fresque et de tableaux de diverses écoles.
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9.      CANDIE. - Candie est une maison forte située sur la commune de Chambéry-le-Vieux (paroisse de St-Ombre), à quatre kilomètres de Chambéry. La famille de Candie, dont deux membres figuraient au tournoi de Chambéry, en 1348, est éteinte depuis le XVIe siècle. En 1570, le château fut acheté par les de Juge, qui le revendirent à l'archevêque de Tarentaise, Berliet, en 1599. En 1603, il fut acheté par les Sarde, dont le dernier membre fit les hôpitaux de Chambéry ses héritiers. Il est possédé, depuis 1840, par le marquis Trédicini de St-Severin.
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10. CHAFFARDON (Cour intérieure). - L'ancienne maison forte de Chaffardon, située à St-Jean d'Arvey, paraît avoir été construite au XIVe siècle, si l'on en juge par les caractères de l'architecture de ses parties les plus anciennes, et notamment de l'élégante galerie de sa cour intérieure. La terre de Chaffardon fut érigée en seigneurie, en 1547, en faveur de Charles de Chaffardon, mari de Blanche de Saluée. Cette famille s'éteignit, en 1602, avec Jacques de Chaffardon, qui prit part, avec François de Saunay, à la tentative infructueuse de l'escalade de Genève. Le château et la terre de Chaffardon passèrent ensuite à la famille d'Oncieu qui en rendit hommage en 1638. Et c'est ainsi qu'en 1682, Chaffardon fut érigé en marquisat, en faveur de François d'Oncieu.
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11. CHALLES. - Ce château, dont il existe encore une tour et une autre construction qui semble une sorte de donjon, pourrait avoir été rebâti au XVIe ou au XVIIe siècle. Il est situé à 5 kilomètres de Chambéry, sur une colline qui domine les anciens marais de Challes, en grande partie réduits maintenant en culture. L'ancienne famille de Challes, connue déjà au XIVe siècle, paraît avoir donné son nom à ce lieu ; elle prit fin au déclin du XVIe. En vertu d'un achat, le fief et la maison-forte passèrent, vers cette époque, dans les mains du grand chancelier de Savoie, Louis Milliet, baron de Faverges, et furent, en faveur de ses descendants, érigés en baronnie en 1618, puis en marquisat en 1669. La Révolution française enleva Challes aux Milliet de Faverges, héritiers des Milliet de Challes ; ce fut le conventionnel Balmain qui s'en rendit acquéreur. M. Balmain laissa une fille, dont le mari, le docteur Louis Domenget, découvrait en mars 1841 la célèbre source grâce à laquelle le nom de Challes est aujourd'hui universellement connu. En 1870 ou peu après, les héritiers de Mme Domenget vendaient le château et les eaux de Challes à une société, qui a converti le premier en hôtel et a réuni les autres dans un élégant établissement thermal, situé au pied de la colline même du château.
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12. CHAMBÉRY (La Préfecture). - Les bâtiments affectés aujourd'hui à la Préfecture du département de la Savoie forment une partie de l'ancien château. Mais le corps de logis, dans lequel sont installés l'habitation du Préfet et les divers services administratifs, et qu'une belle grille relie à la Tour dite du Sud, est une construction moderne. Dans l'enceinte du château se trouve une terrasse plantée de beaux marronniers et percée de belles allées ; cette promenade publique s'appelle le grand jardin.
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13. CHAMBÉRY (Château). - Etablis pendant de longues années à Montmélian, les comtes de Savoie ne devinrent possesseurs de Chambéry qu'au XIIIe siècle. En 1232, Berlion, seigneur du lieu, vendit d'abord le bourg au comte Thomas Ier au prix de 32 000 sous de Suze, et ce n'est qu'en 1295 que le comte Amédée V acquit le château, qui lui fut cédé par François de la Rochette et Béatrix, sa femme, moyennant une pension annuelle de 100 livres viennoises. Amédée V restaura et agrandit ce château qui devint désormais le siège principal du comté de Savoie. C'est dans la grande salle de cette ancienne demeure seigneuriale qu'eurent lieu, notamment le 17 février 1416, de grandes fêtes à l'occasion de l'érection du comté de Savoie en duché par l'empereur Sigismond. Mais cet édifice, que flanquent des tours massives et imposantes, a été bâti sans plan régulier, et se compose de diverses constructions appartenant à tous les styles. Ses murailles portent encore des traces visibles des incendies qui l'ont ravagé à diverses époques. Le corps de logis moderne, situé à l'est de fa chapelle, sert aujourd'hui de préfecture.
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14. CHAMBÉRY (Château). - Etablis pendant de longues années à Montmélian, les comtes de Savoie ne devinrent possesseurs de Chambéry qu'au XIIIe siècle. En 1232, Berlion, seigneur du lieu, vendit d'abord. le bourg au comte Thomas Ier au prix de 32.000 sous de Suze, et ce n'est qu'en 1295 que le comte Amédée V acquit le château, qui lui fut cédé par François de la Rochette et Béatrix, sa femme, moyennant une pension annuelle de 100 livres viennoises. Amédée V restaura et agrandit ce château qui devint désormais le siège principal du comté de Savoie. C'est dans la grande salle de cette ancienne demeure seigneuriale qu'eurent lieu, notamment le 17 février 1416, de grandes fêtes à l'occasion de l'érection du comté de Savoie en duché par l'empereur Sigismond. Mais cet édifice, que flanquent des tours massives et imposantes, a été bâti sans plan régulier, et se compose de diverses constructions appartenant à tous les styles. Ses murailles portent encore des traces visibles des incendies qui l'ont ravagé à diverses époques. Le corps de logis moderne, situé à l'est de la chapelle, sert aujourd'hui de préfecture.
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15. CHAMBÉRY (Porte du château). - La façade du château de Chambéry, du côté de la ville, appartient, pour la plus grande partie, aux constructions les plus anciennes de ce monument, qui fut commencé, comme on le sait, au XIIIe siècle, par le comte Amédée V, à la suite de la vente qui lui fut consentie par Hugues de la Rochette et son épouse, Béatrix, en 1245. C'est de ce côté que se trouve l'entrée principale à laquelle on accède par une rampe assez rapide.
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16. CHAMBÉRY (Donjon du Château). - L'ancien château de Chambéry se compose de divers corps de bâtiments appartenant à toutes les époques. Mais c'est bien au moyen âge qu'appartiennent toutes les tours, couronnées de créneaux et de machicoulis. Ces tours portent toutes la trace des incendies qui ont ravagé, à plusieurs reprises, l'ancienne demeure des comtes de Savoie. Chacune a un nom particulier : le Donjon, la Tour de la Trésorie, la Tour du Sud ou Tour Carrée. C'est de la terrasse du Donjon qu'étaient transmises autrefois les nouvelles importantes, ainsi que les appels aux armes, à tout le pays de Savoie, au moyen de signaux pendant le jour et de feux pendant la nuit. On rapporte aussi que la première horloge qui parut en Savoie fut placée dans ce donjon, en 1376.
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17. CHAMBÉRY (Sainte-Chapelle). - Située dans la partie orientale du château, la Sainte-Chapelle de Chambéry est un monument gracieux et remarquable du style ogival du commencement du XVe siècle. Le portail, d'ordre composite, a été construit en 1641. Le comte Amédée VIII commença la construction de l'édifice sur les plans d'un architecte dauphinois, nommé Jacques Magnin ; et elle fut achevée par Amédée IX et sa femme, Yolande de France. Cette chapelle, placée d'abord sous le vocable de Saint-Étienne, fut mise plus tard sous le patronage de St Paul et de St Maurice. On admire sa voûte élancée, la finesse des sculptures et l'élégance de ses fenêtres, ornées de superbes verrières. Elle possédait autrefois de précieuses reliques, parmi lesquelles se trouvait surtout le Saint Suaire, qui fut rapporté d'Orient à l'époque des Croisades. En 1532, un violent incendie dévasta ce monument et détruisit même, paraît-il, la flèche qui le surmontait. Mais il se trouve actuellement dans un assez bon état de conservation.
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18. CHAMBÉRY (Sainte-Chapelle). - Située dans la partie orientale du château, la Sainte-Chapelle de Chambéry est un monument gracieux et remarquable du style ogival du commencement du XVe siècle. Le portail, d'ordre composite, a été construit en 1641. Le comte Amédée VIII commença la construction de l'édifice sur les plans d'un architecte dauphinois, nommé Jacques Magnin ; et elle fut achevée par Amédée IX et sa femme, Yolande de France. Cette chapelle, placée d'abord sous le vocable de Saint-Etienne, fut mise plus tard sous le patronage de St Paul et de St Maurice. On admire sa voûte élancée, la finesse des sculptures et l'élégance de ses fenêtres, ornées de superbes verrières. Elle possédait autrefois de précieuses reliques, parmi lesquelles se trouvait surtout le Saint Suaire, qui fut rapporté d'Orient à l'époque des Croisades. En 1532, un violent incendie dévasta ce monument et détruisit même, paraît-il, la flèche qui le surmontait. Mais il se trouve actuellement dans un assez bon état de conservation.
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19. CHAMBÉRY (Fontaine de Boigne). - Le général de Boigne avait formé dans les Indes, et commandait au service des Mahrattes une armée régulière, grâce à laquelle ces derniers étaient restés les derniers maîtres de l'empire Mongol jusqu'à sa conquête par l'Angleterre, lui-même en fut le gouverneur de 1794 à 1796, époque à laquelle sa santé l'obligea à quitter les Indes ; en 1814 et 1816 il fut nommé général par les rois de France et de Sardaigne. Plus tard il donna près de quatre millions pour des oeuvres hospitalières de Chambéry, sa ville natale. C'est pour rappeler sa gloire militaire et ses bienfaits que ce monument lui a été érigé par ses compatriotes. Par l'originalité de sa forme et de sa décoration cette fontaine rappelle les circonstances de la vie du général de Boigne, indiquées ci-dessus.
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20. CHATILLON. - Châtillon est situé sur un promontoire très pittoresque, couvert de jardins échelonnés en terrasse. Ce château, qui existe encore en grande partie, s'avance dans le lac du Bourget, dont les eaux l'enferment de trois côtés. Jusqu'à la fin du XIIIe siècle, le lac était connu sous le nom de lac de Châtillon, et l'on peut croire qu'à une certaine époque il couvrait la plaine de la Chautagne, dans laquelle Châtillon, isolé, formait ainsi une île. De la terrasse du château se déroule un paysage de toute magnificence. Le pape Célestin IV aurait eu Châtillon pour berceau, à moins qu'il ne fût, ce qui semble plus probable, de la famille Castiglione de Milan. Les Montluel auraient été les plus anciens seigneurs de ce fief (XIIIe siècle). Les Seyssel d'Aix, qui leur avaient déjà succédé, par héritage, au XVIe siècle, le possédèrent jusqu'au 22 février 1756. A cette date le château et la baronnie furent acquis, par Joseph Rambert, président au Sénat de Savoie ; son petit-fils, mort en 1860, les laissa au neveu de sa femme, M. Robert d'Anglejan, qui est ainsi devenu le baron d'Anglejan-Châtillon. Lamartine composa la pièce intitulée La Retraite, pour le baron Hyacinthe Rambert de Châtillon, père du dernier de ce nom ; et c'est à Châtillon que le poète aurait écrit l'harmonie Le Lac, dont une copie autographe serait en la possession du châtelain actuel de cet antique manoir.
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21. CHAMOUX. - Le château de Chamoux, qui commande le village de ce nom et l'entrée d'une gorge, avait au moyen âge, une importance stratégique de premier ordre. Aussi joua-t-il un rôle assez grand, pendant les guerres du XVIe et du XVIIe siècles, où les Français s'en emparèrent à plusieurs reprises. Aujourd'hui, encore, malgré lés transformations qu'il a subies, au cours des âges, il conserve un caractère féodal assez imposant. On a attribue sa construction aux seigneurs d'Aiguebelette, auxquels il aurait appartenu dès le commencement du XIIIe siècle. Ce qui est certain, c'est qu'un siècle plus tard, il était possédé par une ancienne famille, qui en avait pris le nom. Nous voyons aussi Geoffroy de Chamin céder, en 1327, plusieurs domaines à l'évêché de St jean de Maurienne. Au commencement du siècle suivant, il avait passé aux mains d'Antoine de Seyssel-Barjac, qui en rendit hommage à Amédée VIII en 1415. En 1454, Edmond de Seyssel Barjac, seigneur de Chamoux, reçut par testament, le titre et les armes des seigneurs de la Chambre. Cette famille s'éteignit, en 1623, en la personne de Louise de la Chambre, qui légua la seigneurie de Chamoux au prince Thomas de Savoie Carignan. En 1688, le prince de Carignan la vendit à Philibert Chappel de Rochefort, comte de Salins. Elle passa ensuite, en 1715, à Pierre de Meillarède, ministre d'État, qui la céda, à son tour à noble Areston de Montfort. Depuis cette époque, Chamoux a appartenu successivement, par héritage, aux familles d'Albert, Graffion, baron de Chamoux, et depuis 1822, à la famille de Gerbaix de Sonnaz d'Habère, qui le possède actuellement.
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22. CHIGNIN (Chapelle). - De nos jours, les Pères Chartreux, désireux de perpétuer la mémoire de saint Anthelme et de répondre aux sentiments de vénération des populations environnantes, ont fait construire, sur l'emplacement du vieux manoir de Chignin, où ce saint avait pris naissance, une chapelle destinée à remplacer celle qui avait été détruite par la Révolution. Cette chapelle, ouverte au public le 28 juin 1878, et desservie par un aumônier, est fréquentée par de nombreux pèlerins. L'une des tours de l'ancien château, qui ont échappé à la destruction, précède cette chapelle et fait corps avec ce nouveau monument. C'est ainsi qu'elle a été restaurée avec soin et couronnée de créneaux. On jouit de là d'une vue très étendue et très belle, car elle embrasse à la fois le cours de l'Isère et les vallées de Montmélian et de Chambéry. D'un côté, on remarque les belles tours du château de Montmayeur, qui se dessinent à l'horizon sur l'azur du ciel; en face, le massif du Mont-Granier et les abîmes de Myans, pendant qu'au nord le regard s'étend jusqu'au sommet de la Dent-du-Chat, au pied de laquelle on aperçoit, dans le lointain, le lac du Bourget.
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23. CHIGNIN (Tours). - Il n'existe plus que quatre tours de l'antique château féodal de Chignin, dont on fait remonter la fondation au VIIIe siècle, à l'époque de l'invasion des Sarrasins, et dont les possesseurs furent, au moyen âge, de fidèles feudataires des comtes de Savoie. Ce château était encore bien conservé au siècle dernier. Les Français s'y établirent, en 1690, pendant le siège de Montmélian. Les Sardes l'occupèrent aussi, en 1743, pendant la guerre avec les Espagnols. Enfin, en 1792, les Sardes, s'y étant retranchés de nouveau, en furent chassés par les Français qui les rejetèrent dans les vallées de l'Isère et de la Maurienne. C'est dans ce château que naquit saint Anthelme qui fut général de l'ordre des Chartreux, puis évêque de Belley, en 1178. Le souvenir de ce saint personnage ne s'est jamais effacé de la mémoire des habitants. Déjà, au XVIe siècle, un sanctuaire avait été élevé en son honneur par le seigneur Ruffin de la Biguerne. Mais cette chapelle subit le sort du château, qui fut détruit pendant la Révolution. Notre photographie est prise du sommet de la chapelle.
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24. LA CROIX. - La maison-forte de la Croix appartenait déjà en 1378 à la famille de la Ravoire. Le 21 avril 1525, Louis de la Ravoire vendait le château et la juridiction avec leurs dépendances à Pierre de Lambert, qui fut ambassadeur de Savoie en France, et dont la petite-fille épousa le seigneur de la Forest. En 1641, Guillaume-François de la Forest, seigneur de la Barre, était créé comte de la Croix. Au siècle dernier, la Croix sortit de la famille de la Forest et fut possédée quelque temps par le marquis Millier de Challes. Noble Louis-François de Ville, qui s'en était rendu acquéreur, faisait le consignement du comté en 1774. La famille de Ville vendit le château, en 1808, à MM. Anthonioz, qui le revendaient ensuite à M. Martin, auquel succéda par héritage la famille Mollard. Depuis 1886, la Croix appartient à M. Charles Schefer, membre de l'Institut, directeur de l'Ecole spéciale des Langues Orientales vivantes. Jadis le château était très important ; il possédait une cour intérieure entourée de portiques et une tour assez élevée, sur laquelle se voyait, dit-on, la croix de Savoie, d'où serait venu le nom même du lieu. Une enceinte fortifiée, flanquée de huit tourelles démolies en grande partie par MM. Anthonioz, régnait tout autour. Dans l'intérieur de cette enceinte, s'en trouvait comme une seconde, formée par un fossé d'une grande profondeur dont une partie existait encore il y, a un demi-siècle. Le château actuel, reconstruit vers le commencement de ce siècle-ci sur l'emplacement de l'ancien, a été restauré avec goût par M. Schefer. On y remarque une vaste bibliothèque, aux ouvrages rares et précieux, et des meubles orientaux d'une grande valeur artistique. Après son abdication, Victor Amédée II qui séjourna plusieurs mois à Saint-Alban, chez le marquis Costa du Villard, se rendait fréquemment à cette belle demeure, d'où la vue va de la vallée qui s'étend jusqu'à l'Isère, aux collines en amphithéâtre qui la bornent et que couronne la grande ligne des Alpes.
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25. HAUTECOMBE. - L'abbaye d'Hautecombe fut fondée, entre les années 1139 et 1144, par le comte de Savoie, Amédée III, qui y appela les religieux de Cessens, lesquels embrassèrent la règle de Cîteaux. Ce monastère fut, pendant plus de trois siècles, la nécropole des princes de la Maison de Savoie. Les abbés d'Hautecombe ont fourni deux papes à la chrétienté, Célestin IV et Nicolas III. Un autre de ses abbés, Alphonse Delbene, né à Lyon en 1534, se distingua par ses talents et ses lumières, et devint historiographe de Savoie sous le duc Charles-Emmanuel Ier. Au XVIIe siècle, l'abbaye d’Hautecombe possédait des terres dans 54 paroisses. Mais elle était bien déchue quand éclata la Révolution française. Elle ne comptait plus alors que quelques religieux. Après la réunion de la Savoie à la France, en 1793, cette abbaye fut pillée et dévastée et ses biens vendus aux enchères. Une société de capitalistes acheta les bâtiments où fut établie en 18o1 une fabrique de faïence. Cet établissement industriel appartenait à M. Landoz, négociant à Lyon, quand l'ancien monastère fut racheté en 1824 par le roi Charles-Félix, qui le releva de ses ruines et y rétablit les religieux de Cîteaux, auquels est confiée toujours la mission de veiller sur la dépouille mortelle des princes de la maison de Savoie.
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26. ÉGLISE DE L'ABBAYE DE HAUTECOMBE. - Cette église, de style ogival fleuri et surchargée d'ornements, est construite en pierres de Seyssel. Quatre statues, la Foi, l'Espérance, la Charité et la Religion ornent la partie inférieure, d'autres représentent les vertus cardinales, et, au dessus du portail principal, une rose de style rayonnant décore cette façade. La belle porte latérale est en grande partie du XVIe siècle. L'église a la forme d'une croix latine et mesure 56 mètres dans la grande nef et 25 de largeur au transept. Elle renferme un grand nombre de riches tombeaux et des ornements à profusion, plus de 300 statues en marbre, en pierre et en bois doré, des toiles peintes, des fresques, des bas-reliefs, des inscriptions, etc., etc. Les voûtes à fond bleu sont recouvertes d'entrelacs en stuc. C'est d'après Guichenon (Histoire généalogique de la Maison de Savoie) que les tombeaux et les statues ont été rétablis tels qu'ils étaient avant la Révolution. A côté de l'église, à droite, se trouvent les anciens appartements du Roi de Sardaigne; mais par leur état de délabrement ils offrent peu d'intérêt.
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27. HAUT-SAUMONT. - Saumont, à la fin du XIVe siècle, appartenait à la famille de ce nom. Huguette de Saumont le porta en dot, au commencement du XVIe siècle, à Pierre de la Forest. Charlotte de la Forest le faisait, à son tour, entrer, quelque deux cents ans plus tard, dans la famille de Mareschal en faveur de laquelle il fut érigé en comté le 23 novembre 1773. Les héritiers de Mme la comtesse Pullini di Sant'Antonino, née de Mareschal de Saumont, vendirent Saumont, en 1879, à M. le comte Lodoïk de la Forest-Divonne. Peu après la mort du comte de la Forest, survenue en 1860, Saumont est sorti de nouveau de sa famille : c'est M. Borget qui s'en est rendu acquéreur. Le château de Saumont est sur la hauteur qui domine Yenne. La vue qui s'étend de là sur la plaine et les environs est fort agréable.
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28. LÉMENC (Église). - Ancienne station sur la voie romaine, conduisant autrefois de Lyon et de Vienne en Italie, par le Petit-Saint-Bernard, Lémenc possède la plus ancienne église du pays. C'était celle d'un ancien prieuré, fondé en 546, par l'abbaye d'Ainay, sur les ruines d'un temple dédié à Mercure. Après avoir été enrichi au IXe siècle par le roi Rodolphe III et sa femme Hermengarde, ce prieuré demeura sous la dépendance d'Ainay jusqu'en l'année 1612, où il fut cédé aux Feuillants, qui le possédèrent jusqu'à la Révolution. L'église actuelle, où l'on remarque les tombeaux du comte de Boigne et de Mme de Warens, a été reconstruite, en 1445, à la suite d'un incendie. Mais elle possède une crypte assez vaste, dont la voûte est supportée par quatre lourds piliers, et qui paraît avoir été l'église primitive. Dans cette crypte se trouvent une Mise au Tombeau de la fin du XVe siècle, et un monument circulaire, soutenu par des colonnes, où quelques archéologues croient voir un baptistère du temps où le baptême était donné par immersion.
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29. ENTRÉE DE LUCEY (Porche). - Le château de Lucey est une très vaste construction présentant une partie fort ancienne et d'autres assez récentes ; mais il a été uniformément restauré en ce siècle. Du point sur lequel il est placé, et qui domine la plaine, baignée par le Rhône, on a une vue très pittoresque. A côté du porche flanqué de quatre échauguettes tombe une fort belle cascade, dont les eaux font mouvoir des scieries, Plus haut, sur les rochers, sont les vignes des Altesses, dont les plants furent, dit-on, rapportés de Chypre par un duc de Savoie et par les seigneurs de sa suite. La porte du château de Lucey est une des plus belles de la Savoie, par sa constructions et par sa situation, aussi est-elle journellement visitée par de nombreux artistes. Le village de Lucey était habité, dès l'époque de la domination romaine, comme en témoignent, à la fois, son nom et les antiquités retrouvées là ou dans les environs et consistant en monnaies, lampes sépulcrales, cippe funéraire, autel dédié par Severianus au Dieu invincible (Deo invicto), et poids en pierre ou en terre cuite qu'un marchand, nommé Spirniolus, avait dédiés au dieu Mercure.
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30. LUCEY. - Lucey est situé dans la commune de ce nom. Ce château appartenait, en 1296, à Guillaume de Lucey, qui, fils de Sicamore de la Forest faisait alors donation du château à son neveu Jacques de Chevelu. Des Chevelu, Lucey passa aux Mareste, par le mariage, à la fin du XVe siècle, de Guillemette de Chevelu avec François de Mareste. On trouve bien que, le 5 avril 1582, Antoine Asinari et Alexandre, son fils, reçoivent l'investiture du château, et de la juridiction de Lucey. Toujours est-il que Lucey, érigé pour les Mareste en baronnie en 1565 et en marquisat, en 1654, demeura dans cette famille jusqu'à la dernière marquise de Lucey qui, héritière de son mari en 1812, laissa ses biens en 1816, au colonel Carron, comte de Grésy. Celui-ci vendait aussitôt Lucey au sieur Cottarel, qui, en 1817, le cédait au général comte de Boigne. M. le comte Ernest de Boigne, ancien député, en est aujourd'hui propriétaire.
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31. LA MAR. - Le château de la Mar était, en 1409, une maison forte qui portait alors le nom de la famille d'Aymavigne, à laquelle il appartenait. Les d'Aymavigne ont dû disparaître vers la fin du XVIe siècle. La famille de la Mar (de Mari) leur succéda et donna son propre nom à la maison forte, qui devint ainsi la maison forte de la Mar. Très probablement, la substitution s'est faite à l'occasion de certains aménagements pratiqués dans l'habitation, comme l'indiquerait un écu, probablement aux armes des la Mar, sommé d'un chapeau ou timbre ecclésiastique et sculpté à l'entrée de la cour, au dessus de la date de 1625. Les la Mar prirent fin en la personne de Marie-Anne de la Mar, mariée en 1713, à Victor de Bertrand, marquis de Thônes. Leur fille Adélaïde épousa en 1734 son cousin Joseph-Pantaléon de Bertrand, comte d'Evieu ; et la fille de ceux-ci, qui devint la marquise d'Arvillars, vendit la Mar, en 1818, au général comte de Boigne. Le château de la Mar est situé dans la plaine de Lucey, au bas de la commune de Jongieux ; on y remarque une très grande salle et un fort joli escalier renaissance ; mais il semble n'avoir jamais été terminé, et c'est depuis longtemps un bâtiment de ferme. M. le comte Ernest de Boigne en est aujourd'hui le propriétaire.
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32. LES MARCHES. - Ce château, bâti sur une éminence pittoresque, d'où l'on jouit d'une belle vue sur la vallée du Graisivaudan, doit son nom à sa situation près des frontières ou marches du Dauphiné. En effet, le comte de Savoie Amédée V le fit construire en 1342 pour s'opposer aux envahissements des Dauphins. La terre des Marches fut ensuite inféodée, en 1403, à la famille de la Balme-Apremont, de laquelle elle passa par une alliance, au commencement du XVe siècle, à la famille de Montmayeur, à laquelle succédèrent les Miolans, qui la cédèrent à la princesse Béatrix de Portugal, duchesse de Savoie. Cette dernière, avec le consentement du duc Charles, son mari, la revendit à son tour, le 4 août 1530, à noble François Noyel de Bellegarde. Cette seigneurie, alors unie au fief de Montmayeur, fut érigée en comté par lettres patentes du 23 novembre 1491, puis en marquisat le 14 juin 1682, en faveur de noble Janus Noyel de Bellegarde, grand chancelier du roi de Sardaigne. Les descendants de ce dernier ont possédé les Marches jusqu'en 1831, époque où ils ont vendu ce château au comte Camille Costa de Beauregard.
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33. LES MARCHES (Cour d'honneur). - Le château des Marches, très bien conservé, a gardé les grosses tours rondes engagées, les échauguettes et les fenêtres à meneaux de sa construction primitive. Mais son beau portail et les portiques à colonnes de marbre, qui décorent la cour d'honneur, appartiennent au style de la Renaissance. Le plan de ce château présente la forme de deux carrés longs, reliés par un parallélogramme renfermant la grande salle de réception, où l'on remarque de belles peintures à fresques exécutées par les frères Galliari, an milieu du siècle dernier. Au nord de ce salon, se trouve la chapelle, et à côté le grand escalier. Les petits enfants de M. le comte Camille Costa de Beauregard ont laissé le château des Marches, pour des oeuvres de charité, à leur cousin le chanoine Costa de Beauregard ; et c'est la sœur du chanoine Costa, Fille de la Charité, qui y a établi, en 1883, un orphelinat de filles, établissement florissant à cette heure et placé toujours sous sa direction.
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34. MINJOUX. - La Seigneurie de Minjoux faisait primitivement partie de la baronnie de Miolans, Hyacinthe de Saluces, baron de Miolans, la vendit, en 1671, à François Rey, baron du Noyer, qui la légua, en 1690, à Albert-Eugène Favier, baron du Noter, conseiller d'État et sénateur au Sénat de Savoie. Les descendants d'Albert-Eugène la conservèrent jusque dans la première moitié de ce siècle. Vendu alors, Minjoux fut acquis par le baron Giraud, dont la fille étant déjà veuve du baron Ferdinand Falquet, conseiller référendaire à la Cour des comptes de Paris, épousa M. Anthyme de Dijon de Cumane, ancien procureur impérial ; elle mourut en 1877. M. de Cumane est son héritier. Le château de Minjoux a été bâti dans les 30 dernières années du XVIIe siècle. L'architecte, - Hardouin Mansard, dit-on,- s'est inspiré dans ses plans des meilleures créations de l'époque. Le château était sans doute à peine commencé quand Hortense Mancini, duchesse de Mazarin, durant son long séjour à Chambéry (1672-1675), alla en ce lieu, à la fin de mai 1673, « dans le dessein de se rendre à la chasse et de se bien divertir, » passer quelques jours chez son amie, la baronne du Noyer, qui devint ensuite à la cour de Turin gouvernante de la future duchesse de Bourgogne, mère du roi Louis XV. Dans le vestibule de Minjoux se trouve un bel escalier en pierre, dont la balustrade supporte des lévriers en pierre également. A la suite, se voient une grande salle avec poutrelles peintes, un boudoir aux murs peints à fresque, etc. On raconte dans le pays que ce serait avec les débris d'un temple de Jupiter, situé à quelque distance, au-dessus de Minjoux, due l'on aurait commencé la construction de ce château ; d'où son noce de Minjoux (Mons Jovis ?).
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35. MIOLANS. - De la route de Montmélian à Alberville, la vue est attirée par les ruines importantes et pittoresques du château de Miolans, qui couronne un rocher à pic entre l'Armenaz et la Lanche. De Saint-Pierre-d'Albigny, une route grimpante conduit à l'entrée du château, dont les murs d'enceinte et les meurtrières rappellent que ce fut une prison d'État; aussi est-ce avec un sentiment de plaisir qu'après avoir franchi les anciennes portes, on se trouve dans un élégant jardin, d'où la vue sur l'Isère, le Mont-Blanc et les montagnes environnantes est magnifique. L'intérieur du château est extrêmement curieux, les grandes salles voûtées, fossés profonds, jardin précédé d'un pont-levis, tours, cachots, oubliettes, chapelle, grand donjon carré, etc., impressionnent vivement le visiteur. Le propriétaire actuel, M. le docteur Guitter, fils de M. Guitter, ancien préfet de la Savoie, a fait au château de Miolans de grandes restaurations.
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36. MIOLANS. - Le château de Miolans est le monument le plus remarquable de l'architecture militaire du moyen âge que possède la Savoie. Bâti sur un rocher qui s'élève à plus de 250 mètres au dessus de la vallée où coule l'Isère, et qui est même séparé de la montagne, avec laquelle il semble faire corps, par un étroit vallon où s'abritent les masures d'un modeste hameau, ce château ne devait pas sa force seulement à sa situation, mais encore aux multiples travaux de défense dont les ingénieurs du moyen âge l'avaient pourvu. La famille des sires de Miolans, l'une des plus puissantes de la Savoie, le possédait déjà au XIe siècle, et elle le garda jusqu'au jour où sa descendance masculine s'éteignit en la personne de Jacques de Miolans, mort en Italie, à la bataille de la Bicoque, en ne laissant qu'une fille unique, Claude de Miolans, mariée à un seigneur piémontais, le marquis de Cardé, qui céda tous ses droits sur cette seigneurie, en 1523, au duc de Savoie Charles III. Mais nonobstant cette cession, Louis Mitte de Chevrières, seigneur de Saint-Chamond en Lyonnais et petit-fils de Françoise de Miolans, revendiqua la moitié de l'héritage des sires de Miolans en se prévalant d'une substitution contenue dans le testament de Jacques de Miolans, du 20 mars 1432. De là un long procès qui ne fut tranché que par un arrêt du Grand Conseil du 22 mars 1597, qui envoya Jacques Mitte de Chevrières, seigneur de Saint-Chamond, eu possession de la moitié des biens de la maison de Miolans. Malgré cette sentence, les droits des seigneurs de Saint-Chamond furent contestés par les ducs de Savoie chaque fois que ces derniers étaient en guerre avec la France. Démantelé pendant la Révolution française, le château de Miolans tomba bientôt en ruines, et le gouvernement sarde le vendit, au commencement de ce siècle, à M. Barjaud, banquier, qui se proposait de le restaurer, mais qui se borna à réparer un corps de logis, à planter quelques arbres et à amener l'eau dans la cour de la chapelle.
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37. MIOLANS (Souterrains). - La partie principale du château de Miolans est flanquée de quatre tours de formes diverses, que surmonte une terrasse. La plus importante de ces tours renferme cinq étages de cachots voûtés, dont plusieurs sont éclairés par une haute et étroite fenêtre garnie d'un double châssis de barreaux de fer entrecroisés. Des anneaux fixés aux murailles nous apprennent qu'on y enchaînait même parfois les prisonniers qui y étaient enfermés. Devenus possesseurs du château de Miolans, les ducs de Savoie en firent, en effet, une prison d'État, où furent détenus quelques personnages célèbres. Tels furent, notamment, le Père Monod, savoisien, que la Régente fit enfermer pour le soustraire à la haine de Richelieu, et qui y mourut en 1644, l'historien Pietro Giannone, qui, après avoir été incarcéré à Miolans en 1736, fut transféré deux ans après à Ceva puis dans la citadelle de Turin où il mourut en 1748, le trop célèbre marquis de Sade, qui s'évadait en 1773, et enfin le faussaire plus malheureux que coupable, Vincent Lavini, dont les jolis dessins et les vingt et un ans de captivité à Miolans ont conservé le souvenir. Pendant la Révolution française, le château de Miolans servit peut-être aussi de prison à des déserteurs, qui se seraient échappés, et fut abandonné bientôt après.
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38. MONTMÉLIAN (Mons Emilianus). - Par sa situation sur les bords de l'Isère et à l'entrée des deux gorges de la Maurienne et de la Tarentaise, la montagne isolée au pied de laquelle est bâtie la ville de Montmélian a été, à toute époque, un point stratégique de premier ordre. Les Gaulois, les Romains, les Burgondes et les Francs s'y établirent successivement, et la tradition rapporte que cette place résista énergiquement aux Sarrasins au VIIIe siècle. Aux temps de la féodalité, et longtemps avant que Chambéry devînt le chef-lieu de leur seigneurie, les comtes de Savoie s'y fixèrent à leur tour; ils y firent élever un puissant mur d'enceinte et un château fort qui fut, pendant plusieurs siècles, leur principale résidence. Aussi, à toute époque, ce lieu fut-il le théâtre de sanglants combats. En 1140, le dauphin Guigne IV est blessé mortellement sur ses murailles ; quelques années plus tard , son fils Guigne V vient l'assiéger à son tour sans plus de succès. Mais, malgré la transformation de ses fortifications au XVIe siècle, Montmélian succomba dans toutes les guerres que la Savoie soutint contre la France. François Ier en 1536, Henri IV en 1600, Catinat en 1691, le maréchal de Tessé et le duc de la Feuillade en 1703, s'en emparèrent successivement. En 1706, ses fortifications furent rasées par les Français. Mais si Montmélian cessa, dès lors, d'être une place forte, il demeura encore position militaire importante pendant les guerres du XVIIIe siècle. Mais, malgré les essais de reconstruction tentés en 1742 et en 1792, il ne subsiste plus que des ruines informes des tours et des remparts de l'ancienne forteresse.
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39. MONTFLEURY (ou Avressieux). - Le château de Montfleury est situé dans le canton de Saint-Genix-d'Aoste et à 5 kilomètres du Pont-de-Beauvoisin. Le premier titre relatif au château de Montfleury ou d'Avressieux est une transaction passée, en 1341, entre le comte Amédée de Savoie et Guillaume Bochard, touchant la juridiction d'Avressieux. Une branche de la famille de Mareste recueillit, au milieu du XVIe siècle, l'héritage des descendants de Guillaume Bochard et ajouta leur nom au sien. Dans les premières années du siècle dernier, les Mareste étaient devenus barons de Montfleury. Le dernier des Mareste de Montfleury, mort il y a peu d'années, laissa pour son héritière sa propre fille ou la fille qu'avait eue sa femme d'un premier mariage avec M. de Rubempré. Mlle de Mareste (ou de Rubempré) épousa le comte de Luserna, gentilhomme piémontais, et c'est leur petit-fils qui, en 1893, vendit le château de Montfleury à M. C. Giraud, de Moscou, le propriétaire actuel.
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40. NOTRE-DAME-DE-MYANS (Crypte). - Cette église, située dans le canton de Montmélian, est surmontée d'une statue colossale de la Vierge, en bronze doré. A l'intérieur, au dessous de la grande nef, existe une grande crypte, lieu de pèlerinage très fréquenté par les habitants de la Savoie qui viennent y faire des vœux à une vierge noire d'une haute antiquité. Aussi les murs sont-ils couverts d'un grand nombre d'ex-voto. Toute la contrée qui entoure cette église est parsemée de petit lacs, portant dans le pays le nom d'abîmes de Myans et formés, en 1248, par la chute d'une partie du Mont-Granier, dont les débris ensevelirent la ville de Saint-André et des villages voisins. Cinq mille habitants périrent dans cette horrible catastrophe. Au dessus des abîmes se voit encore vers le sommet de la montagne une très grande échancrure formée en partie par les rochers qui s'en sont détachés.
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41. LA PALUD. - On trouve dans la vallée de Miolans, au commencement du XVIIe siècle et antérieurement, une vieille famille du nom de La Palud. La maison-forte de ce nom, qui appartenait aux nobles Paernat de La Palud, dans la seconde moitié du même siècle, resta en leur possession jusque dans le premier tiers de celui-ci. Le comte Hippolyte de Rivérieulx de Chambost, qui l'acquit alors, la revendit, environ trente ans plus tard, à M. l'Hopital, originaire de Saint-Jean-de-la-Porte. Du fils de ce dernier, La Palud a passé au baron Joachim Decouz, qui s'en est rendu acquéreur en 1881, et l'a laissée au propriétaire actuel, son fils, M. le baron Decouz. Dans le mur de la terrasse, on a encastré une inscription découverte en 1842 dans le village voisin d'Albigny ; il est sur cette pierre question d'une basilique dédiée à Jupiter par un Caius Licinius Calvinus. Au-dessous d'une fenêtre du château se trouve un écu sculpté : peut-être les armes de la famille dauphinoise de Rivoire, inexactement rendues. Le château est flanqué de quatre tours, et, de la façade principale, on a la vue sur la grande chaîne des Alpes et la vallée du Graisivaudan
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42. PETIT CHATEAU. - Cette habitation, située au bord du lac du Bourget et au pied du château de Châtillon, n'a pas de nom particulier ; on dit, dans le pays, le petit château d'en bas ou le petit château. Cette construction, qui paraît ancienne et a encore quelques vestiges de fenêtres à meneaux, était probablement une dépendance du puissant château de Châtillon. Une légende, accréditée chez les campagnards des environs, serait que des trésors auraient été enfouis sous cette habitation au moment de la Révolution. Le Petit Château a appartenu, en ce siècle, à M. Emery, puis à Mlles Tognet, puis au marquis Claude de Seyssel d'Aix de Sommariva ; le marquis Charles-Albert de Sommariva, son fils, l'a vendu, il y a quelques années, à feu M. Goddard. Mme Goddard en est propriétaire.
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43. PINGON. - Le château de Pingon est situé dans la commune de la Motte-Servolex près de Chambéry. C'est une ancienne maison-forte bâtie sur un plan régulier et flanquée de quatre tours rondes. A l'intérieur, un charmant escalier. Au commencement de ce siècle, Pingon était encore environné d'un fossé et précédé d'un pont-levis au devant de la porte principale. Deux vieilles inscriptions se lisent au-dessus de cette porte : Soli Deo Gloria, et au-dessous : LV. PINGONUS.MOTEN. IN AGRO PINGONIANVM FACIEBAT. Ce fut en effet Louis Ier de Pingon (d'une famille originaire de Provence et venue en Savoie au XIVe siècle) qui fit construire cette maison-forte vers l'an 1480. Sa famille l'a possédée jusqu'à la mort du dernier des Pingon de Savoie, arrivée en 1820. Celui-ci avait épousé Mlle de la Prunarède, de Montpellier, et il la fit son héritière. En 1841, les la Prunarède vendirent Pingon au grand séminaire de Chambéry. Cet établissement le revendit à son tour, en 1854, à Mme la comtesse de Buttet de Tresserve, née de Boigne qui en est demeurée propriétaire depuis lors.
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44. ROCHEFORT. - Le château de Rochefort, près de Saint-Genix, était un arrière-fief relevant du fief des évêques de Belley. Au XIVe siècle, il était possédé par la famille de Bonnet, et, à la fin du XVe par la famille de Gilly. En 1610, on y trouve les nobles Louys, auquels succédèrent, ensuite de vente, en 1647, les Seyssel, marquis de la Serraz. En 1665, les Seyssel vendirent Rochefort et sa seigneurie à noble Nicolas Des champs. L'arrière-petite-fille de ce dernier, marquise de Piolenc, en faisait à son tour cession, en 1770 environ, à François Picolet, avocat au Sénat de Savoie, auquel succéda son neveu, le baron Claude Picolet d'Hermillon. Celui-ci vendit, vers l'année 1818, Rochefort, qui était en dernier lieu possédé par M. Charles Joubert, conseiller général. Mme veuve Joubert en est actuellement propriétaire. Le château de Rochefort, construit sur une éminence, consiste dans un bâtiment rectangulaire flanqué de pavillons carrés et couronné d’une tour massive. C'est là que Mandrin fut pris, dans la nuit du 11 mai 1755, par 500 Français du régiment de la Morlière Cette capture, sur terre de Savoie, du célèbre contrebandier, amena un incident diplomatique entre Turin et Versailles : le roi Louis XV dut envoyer le comte de Noailles en ambassade extraordinaire porter ses excuses à Charles-Emmanuel III.
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45. RUBAUD. - Un bien petit nombre de familles ont possédé Rubaud depuis le commencement du XIVe siècle. A cette époque, une branche de la famille de Cuynes s'établit au fief de Rubaud dont elle venait de recevoir vente et inféodéation. En 1614, Annibal de Cuynes nommait pour ses héritiers ses cousins de Clermont-Mont-Saint-Jean. Les Clermont gardèrent Rubaud jusqu'en 1789. Jeanne de Clermont, dernière du nom en Savoie, l'apporta à son mari Jean-Antoine de Menthon, comte d'Aviernoz. Leur fils, Claude-Gaspard, comte d'Arviernoz, baron de Lornay, vit confisquer ses biens pendant la Révolution française. Son beau-frère, le comte de Monthouz, racheta de la Nation le château et le rendit à son ancien propriétaire, quand celui-ci eut été rayé de la liste des émigrés. Le comte d'Aviernoz, baron de Lornay, châtelain actuel de Rubaud, est l'arrière-petit-fils de Claude-Gaspard. Le château de Rubaud est situé sur une colline, qui domine la vallée de Coise et l'ancienne grand'route de Chambéry à Turin. Il est bâti dans la forme d'un U ; il fut incendié en 1567 environ ; ses deux tours sont fort anciennes.
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46. SAINT-BERON. - Ce château situé en Savoie, dans la vallée du Guiers, au sortir du défilé de Chailles, a été construit en 1867 par le comte Septime de Garnier des Gares, son propriétaire actuel. L'ancien château fut bâti par les seigneurs de Clermont du Dauphiné qui possédaient, de temps immémorial, la seigneurie de Saint-Beron. Claudine de Clerrnont, dame d'Hautefort et de Saint-Beron porta, vers le milieu du XVIe siècle, la seigneurie de Saint-Beron dans la maison de Dizimieu, par son mariage avec Balthasar Martin, seigneur de Dizimieu, chevalier de l'Ordre du Roi, gentilhomme de la chambre de Charles IX et de Henri III. Leur fils, comte de Dizimieu, maréchal des camps des armées du Roi, gouverneur du Viennois, en était possesseur, lorsqu'en 1603 le château de Saint-Beron fut pris de vive force et pris à sac par les troupes de Genève, qui, à ce moment, occupaient Saint-Genis-d'Aoste. Plusieurs de ses défenseurs furent massacrés. A la fin du XVIIIe siècle, l'unique héritière du comte de Dizimieu, apporta à son mari, Louis-François de Chaponav-Saint-Bonnet, le château et la terre de Saint-Beron, que Pierre-Marie, comte de Chaponay-Saint-Bonnet frère de ce dernier et son héritier, vendit, en 1809, à François-Marie, marquis de Corbel Corbeau de Vaulserre. Le comte des Garets les acquit, en 1856, de la comtesse Baudi de Vesme, née de Vaulserre.
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47. SAINT-GILLES. - Sur la rive occidentale du lac du Bourget, non loin du monastère d'Hautecombe, au nord de la grotte de Raphaël, rendue célèbre par Lamartine, derrière des rochers à pic qui plongent dans le lac, se trouve le domaine de Saint-Gilles. Saint-Gilles, appelé Exendilles dans la charte de fondation d'Hautecombe donnée par Amédée III, comte de Savoie, entre 1139 et 1144, resta attaché au domaine de l'abbaye jusqu'à la Révolution française. Vendue alors par la Nation, cette propriété appartenait, il y a un quart de siècle, à Mme Guichard, née Rousseau, d'Aix-les-Bains, et à ses sœurs. MM. Albert Malfilâtre et Louis-Amédée Mougin, de Paris l'un et l'autre, l'ayant achetée, y firent construire, de compte à demi, le château que l'on y voit, flanqué de deux tourelles et d'une terrasse de cinquante mètres d'élévation sur le lac du Bourget ; mais bientôt, le 5 juillet 1886, château et propriété étaient vendus aux enchères et adjugés à M. Armand Mercier, ancien syndic de faillite. Le 29 décembre 1890 Saint-Gilles fut acquis par Mme Stéphanie-Félicité de Boubée, marquise douairière de Vivens.
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48. SAINT-JEAN-PIED-GAUTHIER (Église). - Saint-Jean-Pied-Gauthier ou mieux Puy-Gauthier (Podium Galterii) est situé au bord de l'ancienne grande route de Chambéry à Turin. Cette paroisse était encore au diocèse de Maurienne, à la fin du siècle dernier; elle appartient maintenant à celui de Chambéry. Son église, de style ogival, doit dater du XVIe siècle. Ce qui fait le charme principal de ce petit édifice, c'est son portail encadré dans des colonnettes elliptiques dont les extrêmes se réunissent, au dessus de la voussure, en accolade, avec crosses végétales sur les rampants et un chou à la pointe. Le tympan, formé au dessus du linteau porte une statue de la Vierge ; et deux pinacles élégants, établis sur des culs-de-lampe, à droite et à gauche de cet assemblage, vont s'arrêter, comme l'accolade, à la hauteur de celui-ci, sous un cordon en goutte-pendante qui couronne le tout. C'est un morceau d'un effet très gracieux.
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49. SAINT-PHILIPPE. - Le château de Saint-Philippe était jadis un prieuré dépendant de l'abbaye bénédictine de Saint-André-le-Bas, de Vienne en Dauphiné. Il fut d'abord désigné sous le nom de prieuré de Saint-Ours. A cause de certaines reliques de saint Philippe que l'on y vénérait, il fut connu, dès la fin du XIVe siècle, sous celui de prieuré de Saint-Philippe-de-la-Porte, puis de Saint-Philippe seulement. La fondation de cette maison eut sans doute pour point de départ une donation que la reine Ermengarde, femme de Rodolphe III, roi de Bourgogne, fit, vers l'an 1032, de l'église de Saint-Jean-d'Albigny (aujourd'hui Saint-Jean-de-la-Porte) à l'abbaye de Saint-André-le-Bas. Le prieuré resta soumis à l'abbaye jusque vers la fin du XVIe siècle; le 28 Mars 1591, en effet, il était uni au collège des PP. Jésuites de Chambéry. Le P. Monod, qui mourut à Miolans, victime de la politique du temps, fut enseveli à Saint-Philippe, en 1644. Après la suppression de l'ordre de Saint-Ignace, en 1773, le prieuré dut passer à l'Economat royal des bénéfices vacants. Dans ce siècle-ci, Saint-Philippe appartenait au baron Favier du Noyer. M. Perrière, propriétaire actuel, s'en est rendu acquéreur, en 1887, après la mort de Mme de Certeau, fille du comte Hippolyte de Chambost, lequel l'avait lui-même acheté de la famille du Noyer vers l'année 1830.
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50. CLOITRE DE SAINT-PHILIPPE. - Dans la cour, à l'ouest du château de Saint-Philippe, se trouvait l'église ou chapelle de Saint-Philippe ; richement reconstruite, en style flamboyant, dans le courant du XVe siècle, elle subsista jusqu'à nos jours ; on la démolit il y a une soixantaine d'années. Seuls le portail et une fenêtre, qui ont été conservés intacts, décorent maintenant la façade de l'église paroissiale de Saint-Jean-de-la-Porte. Le cloître, qui subsiste encore, règne le long de la façade ouest du château ; il présente des colonnes aux chapiteaux curieusement sculptés. Sur une de ces colonnes se trouve l'écu des Lambert de la Croix ; plus loin, au-dessus d'une fenêtre, est un autre écu, qui pourrait être celui de la famille dauphinoise de Rivoire. L'un et l'autre rappellent sans doute le souvenir de deux anciens prieurs du lieu.
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51. SAINT-VINCENT. - Le château de Saint-Vincent (à Challes) fut bâti à la fin du XVIe siècle pour noble André Berthier, procureur patrimonial à la Chambre des comptes de Savoie. François Berthier, son fils, obtint en 1613 l'érection en seigneurie sans juridiction de Saint-Vincent, et des terres et des rentes féodales qui en dépendaient. Au siècle suivant, cette maison-forte passa, par alliance, des Berthier aux nobles Bailly, qui en portaient encore le nom en 1787. Dans la première moitié du siècle présent, Saint-Vincent appartenait, par suite d'héritage probablement, à Mlle Favier de la Biguerne, qui épousa le marquis Paul d'Oncieu de Chaffardon. Leurs petits-enfants l'ayant plus tard vendu, il fut converti en un hôtel pour les baigneurs de la station de Challes ; mais, en 1891, son nouveau propriétaire, M. le comte Stanislas de Chevron-Villette, le rendait à sa destination primitive.
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52. LA SERRAZ. - Le château de la Serraz est situé sur une éminence, d'où l'on jouit d'une vue magnifique. Une longue avenue plantée d'arbres et précédée d'une belle cascade, qui se précipite de rocher en rocher, y donne accès ; au devant se trouve une terrasse très étendue, d'où l'œil embrasse toute la vallée, depuis l'extrémité du lac du Bourget jusqu'aux cimes neigeuses des Alpes. Le château, édifice très considérable, remanié à diverses époques, a conservé une vieille porte à herse et un escalier intérieur, datant de la Renaissance. En 1326, l'évêque de Maurienne, Aymon d'Urtières, recevait du comte de Savoie inféodation de la seigneurie de la Serraz. Les d'Urtières la cédaient, en 1363, à Aymar de Seyssel. La Serraz, devenue plus tard une baronnie des Seyssel, fut érigée en marquisat, le 13 juillet 1654, en faveur d'un seigneur de cette maison. Joseph-Henri-Octave de Seyssel vendit, le 9 novembre 1755, le château et le fief à Jean-Baptiste Salteur, marquis de Samoëns ; le fils de celui-ci, César-Philibert, en obtenait l'investiture en titre de marquisat le 18 juin 1784 ; et c'est au petit-fils de ce dernier, M. le marquis Ernest de la Serraz, qu'appartient aujourd'hui le château de la Serraz.
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53. SERVOLEX. - Un habitant de Chambéry, nommé Vissod, possédait Servolex au commencement de ce siècle. Il le vendit bientôt au comte Xavier de Vignet, qui fut sénateur au Sénat de Savoie et premier officier au ministère des affaires étrangères à Turin. M. de Vignet donna à son acquisition son aspect actuel en la flanquant de tours. Neveu de Joseph et de Xavier de Maistre, le nouveau châtelain de Servolex épousa la sœur de Lamartine. Le chantre du Lac, à qui les sites de la Savoie ont inspiré de si beaux vers, est venu plusieurs fois à Servolex. On doit y voir encore l'inscription latine que M. de Vignet fit placer là pour rappeler à ses enfants le souvenir de leur mère, la sœur du poète, morte prématurément à l'âge de 24 ans. La fille du comte de Vignet, Mme la baronne de Montfort, dame de palais de la dernière reine de Sardaigne, a conservé Servolex jusqu'en 1882. M. Gonon, agent de change à Saint-Etienne, ne l'a ensuite possédé que huit ans. Le propriétaire actuel est M. Barral, commerçant à Lyon.
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54. SONNAZ. - On a essayé de faire remonter l'origine du château de Sonnaz jusqu'au Xe siècle. Mais l'acte d'inféodation de ce château et de cette terre par le comte de Savoie, Amédée VI, en faveur de Pierre de Châtillon, à la date du 10 mai 1352, est le premier document historique, qui nous révèle son existence. Aymon de Châtillon légua, le 30 avril 1387, la seigneurie et le château, avec les armoiries et le nom, à son petit-fils Jean de Gerbaix et, depuis cette époque, la terre de Sonnaz, passant de père en fils, n'est plus sortie de la famille de Gerbaix de Sonnaz. Parmi les faits historiques se rattachant à cette famille rappelons qu'en 1589, François de Sonnaz défendit Ripaille contre le baron de Sancy, qui commandait les protestants et qui s'en empara. Plus tard, François de Sonnaz figure encore, avec Jacques de Chaffardon, au nombre des compagnons d'arme d'Albigny, qui tentèrent l'escalade de Genève, dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, et tous deux, faits prisonniers, furent mis à mort par les Genevois. Enfin, on n'a point oublié, dans l'armée française, les charges brillantes du colonel de Sonnaz, à Montebello, en 1859. C'est dans le château de Sonnaz que le comte Amédée VII inféoda, à la fin du XIVe siècle, la seigneurie d'Entremont-le-Vieux à Guègne de Montbel. Enfin, c'est aussi dans la grande salle de cette ancienne demeure féodale, que fut tenu la réunion, dans laquelle fut décidée l'escalade de Genève, en 1602, dont nous avons parlé plus haut.
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55. LE VILLARD. - Le château du Villard a primitivement appartenu à la Maison de Savoie. Le comte Amédée de Savoie l'échangeait, en 1288, avec Gilbert de Briord, contre la tour de Saint-André-de-Briord en Bugey, et lui en donnait aussitôt l'investiture. Dans les siècles suivants, ce château passait, par alliance, des Briord aux d'Ameisin, puis, de ceux-ci, aux Luyrieu, aux Montluel, aux Grolée. Jean-Baptiste Costa, président à la Chambre des comptes de Savoie, fut créé comte du Villard en 1647 ; il venait de l'acquérir aux enchères. Dans une reconnaissance du 16 août 1689, passée par son petit-fils, il est énoncé que « le château et la grange ont été rebâtis par le déclarant et ses aïeux sur partie des « anciennes masures ; le château étant en bon état, composé de quatre grandes tours carrées, de deux tours rondes au devant du pont-levis ». Les Costa ont continué de posséder le Villard à peu près jusqu'au milieu de ce siècle; il a été alors vendu par le comte Raoul Costa de Beauregard à son beau-frère le comte Henri de Seyssel-Cressieu, dont les petit-fils en sont encore les possesseurs.
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56. VILLENEUVE. - Seigneurie fort ancienne. En 1303, on trouve les deux frères Pierre et Etienne de Villeneuve, Fils d'Aymon. En même temps, on apprend que la maison-forte de Villeneuve appartenait alors aux Clermont-Mont-Saint-Jean. Ceux-ci la vendaient eu 1401 à Jacques Chabod, de Jacob, dont le fils, Barthélemy Chabod de Lescheraine, président de la Chambre des Comptes de Savoie, joua un certain rôle à son époque. Villeneuve passa, au XVIIe siècle, par suite de substitutions, des Chabod aux Bruyset ; puis, dans la seconde moitié du siècle passé, une alliance des Bruyset avec les Regard porta Villeneuve dans cette dernière famille, qui, en la personne de M. le comte Joseph de Regard de Villeneuve, le possède toujours. Le château de Villeneuve est dans une position fort agréable ; la vue embrasse toute la vallée de Chambéry, le lac du Bourget et s'étend jusqu'aux montagnes du jura. Cette habitation a conservé sa forme ancienne ; la trace des fossés dont elle était entourée, est bien visible. La cour intérieure est fermée par une porte à trois arcades, surmontée de l'écu sculpté des Chabod ; les mêmes armes se voient ailleurs, sculptées encore, au-dessous d'une galerie de pierre ; enfin, au premier étage, on remarque une vaste salle avec une très grande cheminée.
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